Cours ciblé sur les résultats à mobiliser au concours : définitions, limites, suites remarquables, critères de convergence et suites récurrentes. Chaque notion est accompagnée d’exemples détaillés et de réflexes méthodologiques.
Une suite numérique est une applicationu:N→R. L’image den est notée un et appelée terme de rang n. Une suite peut être donnée par une formule explicite ou par une relation de récurrence accompagnée d’un terme initial.
Bornes
(un) est majorée s’il existeM tel que un≤M pour toutn ; elle est minorée s’il existem tel que m≤un. Elle est bornée lorsqu’elle est à la fois majorée et minorée.
Monotonie
La suite est croissante si un+1≥un, décroissante si un+1≤un et monotone si elle vérifie l’une de ces deux propriétés.
Exemple — intérêts composés
Un capital initial S placé à un taux annuel de10% est multiplié chaque année par1,1. La suite des capitaux est donc géométrique :
S0=S,S1=1,1S,Sn=S(1,1)n
Après dix ans,S10=S(1,1)10≃2,59S. Le capital a donc été multiplié par environ 2,59.
Réflexe concours : reconnaître immédiatement une suite géométrique et identifier son premier terme et sa raison.
Exemples rapides — bornes et variations
un=(−1)n/n n’est ni croissante ni décroissante. Elle est bornée, par exemple par −1≤un≤1/2.
vn=1/n pour n≥1 est positive et strictement décroissante car vn+1<vn.
2. Limites
Définitions à connaître
un→ℓ si tout intervalle ouvert contenantℓ contient tous les termes à partir d’un certain rang.
un→+∞ si, pour tout réelA, on a un≥A à partir d’un certain rang. La définition de −∞ est analogue.
Une suite est convergente si elle admet une limite réelle finie ; sinon elle diverge.
Une suite convergente possède une limite unique.
Règles opératoires
Somme, produit et quotient suivent les règles usuelles, sous réserve que le quotient soit défini et que le dénominateur ait une limite non nulle. Les formes∞−∞, 0×∞,0/0 et ∞/∞ sont indéterminées : il faut transformer l’expression.
Théorème des gendarmes
Si, à partir d’un certain rang,vn≤un≤wn et sivn→ℓ et wn→ℓ, alorsun→ℓ.
Exemple — réduction ferroviaire
Sans réduction, n trajets coûtentun=20n dirhams. Avec une carte à 50 dirhams et des billets à 10 dirhams, le coût est vn=10n+50.
Le taux réel de réduction est :
1−unvn=1−20n10n+50=21−2n5
Comme 5/(2n)→0, ce taux tend vers1/2. La réduction de 50 % n’est donc atteinte qu’asymptotiquement ; le prix de la carte pèse encore pour tout nombre fini de trajets.
Exemple — encadrement
On considère :
un=2+1+n+n2(−1)n
Comme −1≤(−1)n≤1 et1+n+n2>0, on obtient :
2−1+n+n21≤un≤2+1+n+n21
Les deux bornes tendent vers 2. Le théorème des gendarmes donne donc un→2.
3. Suites remarquables
Suite géométrique
a=1an=1 pour tout n.
a>1an→+∞.
−1<a<1an→0.
a≤−1La suite (an) diverge.
Pour a=1 :
k=0∑nak=1−a1−an+1
Si ∣a∣<1, alors∑k=0+∞ak=1/(1−a).
Exemple — paradoxe de Zénon
Avec a=1/2, la distance totale formée par les demi-distances successives vaut :
1+21+41+81+⋯=1−1/21=2
Une flèche située à 2 mètres de sa cible et avançant à 1 m/s parcourt donc la distance totale en 2 secondes, malgré l’infinité des étapes du découpage.
Critère du quotient
Si les termes sont non nuls et s’il existe q<1 tel que, à partir d’un certain rang, ∣un+1/un∣≤q, alorsun→0. En particulier, siun+1/un→0, alors un→0.
Exemple — exponentielle contre factorielle
Pour un réel fixé a, posons :
un=n!an
Le quotient de deux termes consécutifs est :
unun+1=n+1∣a∣⟶0
Donc an/n!→0. La factorielle domine toute puissance exponentielle de base fixe.
Exemple — approximation décimale de π
Pour un réel a, on poseun=⌊10na⌋/10n. Poura=π :
u0=3,u1=3,1,u2=3,14,u3=3,141
On a 0≤a−un<10−n. Comme10−n→0, le théorème des gendarmes donneun→a.
4. Théorèmes de convergence
Toute suite convergente est bornée.
Toute suite croissante et majorée converge.
Toute suite décroissante et minorée converge.
Une suite croissante non majorée tend vers +∞.
Deux suites adjacentes convergent vers la même limite.
Toute sous-suite d’une suite convergente converge vers la même limite.
Toute suite réelle bornée possède une sous-suite convergente (Bolzano–Weierstrass).
Exemples — ζ(2) et la suite harmonique
Pour un=∑k=1n1/k2, on aun+1−un=1/(n+1)2>0 : la suite est croissante. On dispose de l’encadrement un≤2−1/n<2. Elle est donc majorée et converge. Sa limite est notée ζ(2) et vautπ2/6.
À l’inverse, pour hn=∑k=1n1/k, chaque bloc1/(2p−1+1)+⋯+1/2p contient2p−1 termes chacun au moins égal à1/2p. Le bloc vaut donc au moins1/2. Ainsi h2p≥1+p/2 ethn→+∞.
Attention : une suite de sommes partielles positive et croissante ne converge que si l’on prouve aussi qu’elle est majorée.
Suites adjacentes
Les suites (un) et (vn) sont adjacentes si l’une est croissante, l’autre décroissante, siun≤vn et si vn−un→0.
Exemple — encadrement de ζ(2)
un=k=1∑nk21,vn=un+n+12
un+1−un=1/(n+1)2>0 : (un) est croissante.
vn+1−vn=−n/((n+2)(n+1)2)<0 : (vn) est décroissante.
vn−un=2/(n+1)→0.
Les deux suites sont adjacentes et ont la même limiteℓ. Pour n=3 :
1+41+91≤ℓ≤1+41+91+21
Numériquement : 1,3611…≤ℓ≤1,8611….
Sous-suites : test rapide de divergence
Exemple — alternance
Pour un=(−1)n, la sous-suite paire vérifieu2n=1 et la sous-suite impaireu2n+1=−1. Elles ont des limites différentes.
La suite ((−1)n) diverge.
5. Suites récurrentes
Une suite récurrente de premier ordre est définie parun+1=f(un) et un terme initialu0. Si f est continue et siun→ℓ, alors la limite est nécessairement un point fixe :
f(ℓ)=ℓ
Cette équation fournit seulement les limites possibles. Il faut d’abord prouver la convergence de la suite.
Fonction croissante sur un intervalle stable
Si f:[a,b]→[a,b] est continue et croissante, le signe deu1−u0 fixe le sens de variation de la suite. La monotonie et l’invariance de [a,b] permettent ensuite d’appliquer le théorème de convergence monotone.
Exemple — trois points fixes
f(x)=41(x2−1)(x−2)+x,un+1=f(un),u0∈[0,2]
Sur [0,2], la fonction est croissante et conserve l’intervalle. Les points fixes sont obtenus par :
f(x)=x⟺41(x2−1)(x−2)=0⟺x∈{−1,1,2}
Si u0=1 ou u0=2, la suite est constante.
Si 0≤u0<1, elle est croissante et majorée par 1.
Si 1<u0<2, elle est décroissante et minorée par 1.
Dans les deux derniers cas, la suite converge vers l’unique point fixe compatible avec l’intervalle d’encadrement : ℓ=1.
Fonction décroissante
On étudie séparément (u2n) et(u2n+1), qui sont des suites récurrentes associées à la fonction croissante f∘f.
Exemple — nombre d’or
un+1=1+un1,u0>0
La fonction f(x)=1+1/x est décroissante sur]0,+∞[. On compose :
(f∘f)(x)=x+12x+1
Les points fixes de f∘f vérifient :
x+12x+1=x⟺x2−x−1=0
Le seul point fixe positif estφ=(1+5)/2. Les sous-suites paire et impaire sont monotones en sens opposés, encadrées l’une par l’autre, et convergent toutes deux versφ.
Par conséquent, la suite entière converge vers(1+5)/2.
6. Méthode concours
Identifier la forme : explicite, géométrique, somme partielle ou récurrente.
Tester les outils immédiats : quotient, comparaison, encadrement, factorisation ou sous-suites.
Pour une récurrence : trouver un intervalle stable, étudier les variations, établir la monotonie et les bornes.
Ne résoudre l’équation f(ℓ)=ℓ qu’après avoir justifié la convergence.
Conclure explicitement : limite finie, limite infinie ou divergence.
Pour prouver une convergence
Gendarmes, comparaison, monotonie + borne, suites adjacentes ou critère du quotient.
Pour prouver une divergence
Deux sous-suites de limites distinctes, absence de borne pour une suite monotone, ou croissance vers l’infini.
Piège classique
Une suite bornée ne converge pas nécessairement : (−1)n est le contre-exemple de référence.